La partie grave de l'assemblée était en ce moment maîtresse du terrain. Les trois demoiselles Baboin-des-Roseaux-de-l'Étang et les autres membres de la société avaient quitté leurs postes pour envahir le gazon, occupé naguère par les danseurs. L'orchestre chômait. Quelques gens avisés voyaient venir avec effroi le moment où Églantine, Héloïse et Amarante allaient demander leur redoutable guitare, sous prétexte de ranimer la fête. L'espoir secret que nourrissaient ces aimables personnes de faire entendre, savoir: Amarante son ariette, Églantine sa romance, et la jeune Héloïse son grand morceau d'opéra, leur donnait des airs un peu moins revêches et les empêchait surtout d'invectiver trop aigrement les Penhoël, qui abandonnaient ainsi leurs hôtes au beau milieu de la soirée.
Il n'y avait plus, en effet, dans le salon de verdure, aucun représentant de la famille. Le maître du manoir était toujours dans son appartement; Madame n'avait point reparu, non plus que l'oncle Jean. Enfin Cyprienne et Diane, qui avaient présidé si longtemps à la danse, s'étaient éclipsées tout à coup et avec une sorte de mystère, puisque leurs cavaliers eux-mêmes les avaient cherchées en vain parmi la foule.
Étienne et Roger avaient déserté à leur tour le salon de verdure, pour explorer sans doute les allées du jardin.
C'étaient maintenant Robert de Blois et Lola qui, en qualité d'habitants ordinaires du manoir, faisaient les honneurs.
Le jardin était illuminé, comme nous l'avons dit, d'un bout à l'autre, et l'on n'y eût pas trouvé un endroit pouvant servir de cachette.
Étienne et Roger avaient quitté le bal sans se prévenir mutuellement. Ils se rencontrèrent face à face au détour d'une allée.
Étienne était tout pensif. Les cheveux de Roger étaient baignés de sueur.
Il s'arrêta, essoufflé, devant le peintre.
—Tu ne les as pas rencontrées? lui demanda-t-il vivement.
—Non, répliqua Étienne.