Il n'était pas tout à fait minuit, et le jardin de Penhoël montrait toujours, au haut de la colline, ses illuminations intactes. La fête en avait encore au moins pour une bonne heure.

Rien de suspect n'apparaissait, cette fois, sur la rive. Les deux sœurs rendirent la liberté à Bijou et à Mignon, qui regagnèrent en caracolant leur lit de gazon. Elles pensaient que bien leur en avait pris de ne point tenter le passage au pont des Houssaies, car ici aucun obstacle ne leur barrait la route.

—Allons! dit Cyprienne en descendant vers les saules, nous voici à bon port... et nous aurons encore le temps de danser une contredanse...

Diane écarta les branches du saule...

Comme elle ouvrait la bouche pour lancer quelque gaie repartie, trois hommes, couchés dans l'herbe haute qui croissait au bord de l'eau, se dressèrent tout à coup sur leurs pieds.

Les deux jeunes filles eurent à peine le temps de pousser un cri, tant on mit de presse à leur nouer solidement des mouchoirs sur la bouche...

XIII
DEUX PIERRES.

M. le marquis de Pontalès était un homme prudent, qui n'avait aucun goût pour les aventures. C'était uniquement par nécessité qu'il s'était joint à l'expédition de cette nuit. M. de Blois et lui traitaient en effet de puissance à puissance, et du moment que M. de Blois se mettait à l'œuvre, Pontalès ne pouvait point reculer.

C'était la première fois qu'il se livrait ainsi. Jusqu'alors il s'était toujours tenu derrière Robert, contribuant volontiers aux frais de la guerre, mais ne combattant jamais en personne.

Cela lui allait mieux.