Cela s'était fait le matin même. Robert semblait avoir profité de la courte absence du jeune homme pour lui porter ce coup plus à son aise.

C'étaient quelques phrases sèches et sentant la raillerie où l'on disait à Roger, en substance, qu'il arrivait à l'âge d'homme, que les voyages forment la jeunesse, et que c'était pitié de le voir croupir, loin du monde, dans le petit bourg de Glénac.

Roger lisait cela le rouge au front. La forme de ce congé le rendait plus cruel encore.

Se voir éconduit froidement et avec moqueries, lui, le fils adoptif, dont l'enfance avait été entourée de tendresse, lui, qu'on avait aimé pendant vingt ans!

Hélas! les pressentiments d'Étienne se réalisaient bien vite...

Roger n'hésita pas; il avait le cœur fier, et le nom de Penhoël était au bas de la lettre. Il fallait partir; mais Cyprienne...

Avant de quitter le pays pour toujours, sa première idée fut de retourner au manoir, afin de dire adieu à la pauvre fille dont il emportait l'amour. Ce fut la crainte de se trouver face à face avec le maître de Penhoël qui l'arrêta. Il s'enferma dans une des chambres du Mouton couronné, et se mit à écrire.

Le papier où courait sa plume fut mouillé plus d'une fois de ses larmes, et pourtant, parmi ses phrases désolées, il y avait de l'espoir, car il était jeune et plein de courage.

Il parlait pour lui et pour Étienne, dont il ne pouvait plus faire les adieux de vive voix; il disait aux deux sœurs:

«Nous vous aimons, nous travaillerons, nous reviendrons...»