D'ailleurs, personne ne songeait à douter; le malheur n'était que trop évident! Chacun pleurait et priait autour de ces pauvres petits cercueils que la terre allait sitôt recouvrir.

S'il y avait des doutes parmi la foule sombre et consternée, ce n'était pas sur la mort elle-même, mais bien sur les circonstances qui avaient accompagné la mort.

Cyprienne et Diane savaient conduire un bateau sur le marais aussi bien que pas un pêcheur de macles. Elles étaient habiles nageuses: comment ne pas concevoir des soupçons?

Plus d'un regard défiant se fixait à la dérobée sur Pontalès et sur Robert.

Il eût suffi d'un mot peut-être pour changer la douleur commune en colère, et alors, malheur aux assassins! Mais ce mot, personne ne le prononçait. Il n'y avait point de preuves, et certes, le crime ne pouvait point se lire sur les figures tranquilles du marquis et de M. de Blois.

L'impression d'horreur, produite par la scène nocturne du Port-Corbeau, avait eu déjà le temps de s'effacer. En somme, ce meurtre était nécessaire, et s'ils frissonnaient encore en songeant aux détails repoussants de leur crime, en revanche, ils s'applaudissaient. La joie compensait bien le remords.

Ils étaient là, remplaçant la famille; les paysans pouvaient voir sur leurs physionomies, composées habilement, une tristesse recueillie et calme.

Les soupçons tombaient; d'ailleurs, parmi les paysans, ceux qui ne récitaient point la prière funèbre étaient occupés tout entiers à parler de la catastrophe et des pauvres enfants qu'on avaient vues, l'avant-veille encore, si jeunes et si belles, ouvrir le bal de la Saint-Louis.

Hommes et femmes chuchotaient à la porte de l'église et, comme c'est l'habitude des bonnes gens de Bretagne, chacun cherchait dans ses souvenirs un présage à cette mort funeste.

—Le vieux Benoît l'avait bien dit!... murmurait-on, personne ne voulait le croire, quand il répétait que les filles de Penhoël seraient trois belles-de-nuit avant le jour de sa mort... En voici deux déjà!...