—Mademoiselle de Penhoël!... prononça-t-elle avec un sourire amer; l'héritière!... Toutes les joies vous étaient dues!... Tous les respects... et tout l'amour!... Pour elles, rien!... Étaient-elles moins belles ou moins bonnes?... Mon Dieu! mon Dieu! toutes mes caresses étaient pour l'une, et les autres souffraient, dédaignées... les autres qui se dévouaient et qui mouraient pour moi!...
Ses sourcils étaient froncés; son regard se fixait toujours, dur et froid, sur Blanche endormie.
—Mademoiselle de Penhoël!... répéta-t-elle avec une amertume croissante; la fille de la maison!... Les autres s'asseyaient au bas bout de la table... et n'était-ce pas par charité qu'elles mangeaient le pain du manoir?...
Elle se leva d'un mouvement brusque, et continua en s'adressant à l'Ange, comme si la pauvre enfant eût pu l'entendre:
—Vous leur aviez tout pris, vous!... leur place dans le monde... leur héritage... jusqu'au sourire de leur mère!...
Une larme vint mouiller les cils baissés de Blanche qui rêvait. La tête de Madame se pencha sur sa poitrine.
—Jusqu'au dernier jour!... reprit-elle; oh!... il m'a fallu rester auprès de votre lit, tandis que des étrangers jetaient la terre bénite sur leur tombe!... Abandonnées!... abandonnées depuis le berceau jusqu'à la mort!...
Elle se couvrit le visage de ses mains et garda le silence durant quelques minutes; puis, se redressant tout à coup, elle dit avec un élan de passion:
—Après la mort, du moins, on peut les aimer, je pense!... Dormez heureuse, Blanche de Penhoël... Pour la première fois, je vais vous abandonner, ma fille, afin de prier pour elles!...
Marthe oublia de mettre un baiser sur le front de sa fille. Elle traversa la chambre à pas lents et s'engagea dans les corridors du manoir, après avoir fermé la porte à double tour.