Il allait d'un pas lent et la tête courbée. Quand il passait devant l'une des fenêtres, et que les lumières répandues dans le jardin arrivaient jusqu'à lui, on aurait pu le voir presser son front de ses deux mains tremblantes.

Blanche était seule avec sa mère. Ce n'était pas à cause de la présence de l'oncle que Madame se forçait à sourire, car son regard devint plus caressant encore.

—Soulève-toi un peu, murmura-t-elle; ta robe est peut-être trop serrée.

—Oh! non..., dit l'Ange; tu sais bien, mère, qu'on a élargi ma robe il y a quelques jours...

—Qu'importe! si tu souffres.

—Ce n'est pas cela, ce n'est pas cela, répliqua la jeune fille, qui se révoltait naïvement contre l'évidence; je grandis, bonne mère... mais en quatre jours ma taille n'a pas pu changer... N'as-tu point eu cette maladie quand tu étais jeune fille?

La paupière de Madame se baissa; elle ne répondit point.

—Mon Dieu! reprit Blanche en appuyant ses deux mains contre sa poitrine oppressée, je crois que tu as raison, mère... mon corset m'étouffe!... Si cela continue, il faudra me faire faire des robes à cœur comme madame l'adjointe... Je suis bien malheureuse!

—Petite folle! dit Madame, il faut bien souffrir un peu pour devenir une grande et belle demoiselle.

—Mes cousines Diane et Cyprienne sont grandes... elles sont bien jolies... et je ne les ai jamais vues souffrir ainsi...