Au bout de quelques secondes, elle serra sa fille contre sa poitrine avec une sorte de brusquerie. Un effort soudain qu'elle fit sur elle-même donna une apparence de gaieté vive à sa physionomie.

—Causons!... dit-elle. Te voilà comme autrefois sur mes genoux, Blanche!... Te souviens-tu que tu aimais à t'endormir ainsi tous les soirs?

—On est si bien auprès de ton cœur!... murmura l'Ange en fermant ses paupières à demi, et en reposant sa prunelle limpide sur les yeux de sa mère.

—Avant de t'endormir, poursuivit Madame, tu me disais tout ce que tu avais fait dans la journée... En ce temps-là, tu n'avais pas de secret pour moi...

—En ai-je donc à présent?... demanda Blanche étonnée.

L'hésitation de Madame devint plus forte. Évidemment, elle voulait interroger, et quelque scrupule arrêtait ses questions au passage.

—Je ne sais..., dit-elle pourtant; les jeunes filles aiment à faire du mystère...

—Moi j'aime à être auprès de toi, interrompit l'Ange qui souriait, candide comme la Vérité même; j'aime à te montrer mon âme... Je ne pourrais pas plus te cacher ma conscience qu'à Dieu.

Cette fois, ce fut une vraie joie qui brilla sur le visage de Marthe de Penhoël. Elle poursuivit en tenant sa bouche contre la joue de Blanche et en coupant chaque parole par un baiser:

—Je te crois... Est-ce qu'il pourrait en être autrement?... Ne sais-tu pas combien je t'aime?... Et cependant...