D'un côté se réunissaient, ligués par l'intérêt, Robert de Blois, maître le Hivain, le vieux marquis de Pontalès et d'autres alliés subalternes, tous gens actifs et âpres à la curée, tous habiles, audacieux et forts des avantages déjà remportés.
De l'autre, le maître de Penhoël et Madame. Le maître n'avait jamais été un esprit bien robuste; mais ces trois années pesaient sur lui comme un demi-siècle. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Le peu d'énergie qu'il avait autrefois s'était usée par le découragement et aussi par des habitudes d'ivresse, où il s'était jeté lâchement, comme en un refuge contre l'amertume de ses pensées. Marthe de Penhoël était, au contraire, un cœur haut et vaillant. Au premier moment, elle s'était placée de front entre le maître et ses ennemis; mais, à un instant donné, un coup mystérieux avait soudainement brisé sa résistance. On eût dit que son courage était tombé devant quelque talisman irrésistible. Elle ne se défendait plus.
De sorte que les coups des ennemis ligués contre Penhoël tombaient sur un adversaire sans armes. La ruine avançait, avançait...
Il était même étrange que le combat pût durer encore, et la chute de la maison de Penhoël eût été consommée depuis longtemps si une main mystérieuse, inconnue également aux vainqueurs et aux vaincus, n'était venue retarder plus d'une fois le dénoûment fatal du drame.
Cyprienne et Diane s'évertuaient dans l'ombre. Elles étaient jeunes, isolées; elles ignoraient la vie; mais, sous leur beauté gracieuse, il y avait un courage viril.
Elles travaillaient, infatigables et alertes, à une tâche qui eût épouvanté des hommes forts.
Elles devinaient la haine qui s'envenimait autour d'elles; les conseils ne leur avaient point manqué; car une voix prophétique, en qui elles avaient confiance, leur avait souvent dit que la mort était au bout de ce combat désespéré.
La mort pour elles, si jeunes, si charmantes! Pour elles, qui commençaient à aimer!...
Elles allaient foulant aux pieds toutes craintes.
Parfois,—quelle jeune fille n'a ses heures où le rêve chéri vient caresser l'âme et l'amollir?—parfois Diane entrevoyait l'avenir bien heureux avec Étienne, Cyprienne avec Roger; la faiblesse de la femme prenait le dessus durant un instant; une larme glissait entre les cils baissés de leurs beaux yeux. Mais cela durait peu; elles s'embrassaient silencieusement, et ce baiser voulait dire: «Pauvre sœur, tu es comme moi, tu l'aimes, et tu n'auras pas le temps d'être à lui.»