Il fallait que leur imagination bondît par-dessus toutes choses connues, pour arriver à l'idée de Paris, et c'est justement dans ces conditions particulières que l'imagination enivrée s'exalte et peut élargir à l'infini l'horizon des rêves.
Paris était pour elles l'enfer et le paradis; tous les miracles y devenaient possibles.
C'était le grand trésor du monde, où chacun venait puiser, à proportion de sa force, de son génie ou de sa beauté.
Ce qu'on demandait en échange à la beauté, au génie ou à la force, elles n'en savaient rien, elles n'avaient jamais songé à s'en instruire. Leurs yeux s'éblouissaient à contempler ce magique royaume de la gloire et de la richesse.
Bien souvent elles songeaient au bonheur de ceux qui pouvaient lutter et vaincre dans cette arène splendide. Là, on devenait riche, puissant; on pouvait approcher du roi, dont elles entendaient parler avec une religieuse emphase, et dont le pouvoir leur semblait égal à celui d'un dieu.
On y arrivait pauvre; on en ressortait chargé d'or...
Et leurs mains frémissaient d'envie à la pensée de cet or conquis, non pas pour elles, les pauvres enfants, mais pour Penhoël, que n'oubliaient jamais leurs âmes dévouées...
Hélas! il y avait si loin de Glénac jusqu'à Paris! Et puis, il aurait fallu abandonner leur tâche, déserter le poste qu'elles s'étaient assigné, quitter leur vieux père, et Madame, et l'Ange, qu'elles devaient défendre et protéger.
C'était impossible!
Pourtant elles y songeaient sans cesse, car, à leur âge, l'impossible n'arrête jamais le désir; elles nourrissaient avec amour de folles idées qui leur semblaient être le comble de la sagesse; sur des bases naïvement insensées, elles bâtissaient de beaux plans raisonnables.