Marthe de Penhoël eut comme un sourire à voir l'élan de cette ardente affection.

—J'ai tort..., murmura-t-elle, et vous avez raison de vous aimer, mes filles.

Elle tendit ses mains aux deux sœurs. Cyprienne s'était déjà remise à genoux.

La délicate intelligence de Diane lui disait qu'il fallait néanmoins une explication à ce oui et à ce non, tombés en même temps de ses lèvres et de celles de sa sœur.

—Comme le visage de notre ange est beau dans son sommeil! dit-elle en couvrant sa jeune cousine d'un regard ami et tendrement protecteur. Nous n'avons pas le droit de dire que nous l'aimons autant que vous, madame, puisque vous êtes sa mère... Mais Cyprienne qui se tait maintenant, timide, sait parler mieux que moi, quand nous sommes seules toutes deux... Combien de fois a-t-elle souhaité que Dieu fît deux parts de notre avenir!... et que, pour notre chère Blanche, il pût garder toutes les joies et tout le bonheur!... Vous demandiez tout à l'heure si nous savions quelque chose sur elle... Ma sœur vous a répondu oui... C'est que notre oreille entend de bien loin dès que l'on prononce le nom de Blanche!... Oh! croyez-nous, madame, ce n'est point curiosité vaine... quand on parle de l'Ange ou de sa mère, c'est notre cœur qui écoute... Nous ne savons rien, sinon ce qui se dit chez les pauvres métayers des alentours et dans le salon même de Penhoël...

—Et que dit-on? demanda Madame.

—On dit que l'Ange est une belle jeune fille, douce et bonne comme le nom qui lui fut donné... mais on parle de mystérieux malheurs suspendus au-dessus de sa tête... On répète tout bas que les mauvais jours sont venus pour la race de Penhoël... On raille au salon, dans les fermes on s'attriste, car les bonnes gens se souviennent de tous les bienfaits répandus sur le pays par la main de Penhoël, depuis nos grands aïeux qui possédaient toute la contrée, jusqu'à notre oncle Louis, que Dieu protége dans son exil!

—L'avenir n'appartient à personne..., murmura Madame; mais, dans le présent, ne dit-on pas que la fille de René de Penhoël est heureuse et riche?

Diane secoua la tête lentement et garda le silence.

—Répondez!... reprit Madame; je vous en prie... et je le veux!