—Mais..., dit pourtant Étienne, êtes-vous donc complétement abandonné comme vous le dites?... et pourquoi le seriez-vous?...
—Je ne sais.
Étienne rougit.
—Cette belle jeune femme, reprit-il en hésitant, dont je viens d'entrevoir la figure...
—Mirzé! s'écria le nabab, pauvre fille... Entendons-nous bien, je vous prie!... Quand je dis: Je voudrais être aimé, je ne parle pas des femmes... J'ai mes idées sur les femmes, mon jeune camarade... S'attache-t-on au flacon de Champagne dont le bouchon vient de sauter par la fenêtre?... A-t-on l'idée de chérir le cristal vide où tout à l'heure fraîchissait le sorbet parfumé?
—Ah!... fit Étienne avec reproche; est-ce là votre pensée sérieuse, milord?
—Non..., répondit Montalt dont les sourcils se froncèrent légèrement; si vous voulez ma pensée sérieuse, je changerai de langage... Je hais la femme, monsieur, et je la méprise... cela du plus profond de mon cœur!
Son regard avait un éclat dur et méchant. Sa voix, dont les inflexions sonores exprimaient naguère tant de sensibilité, devenait sèche et froide.
—Mais nous avons le temps de parler de toutes ces choses, reprit-il en rappelant son sourire. Je tiens beaucoup à Mirzé, d'ailleurs... je l'ai achetée mille gourdes, il y a un an... et je ne regrette pas mon argent... Mais vous ne m'avez pas dit encore qui vous êtes, mon jeune camarade.
Au moment où Étienne ouvrait la bouche pour répondre, deux têtes de chevaux, poilues et basses, dépassèrent la portière du coupé; on entendit en même temps le son d'un fouet et une voix enrouée qui criait: