La joue du jeune peintre s'était colorée vivement; ses yeux brillaient; l'émotion faisait trembler sa voix.
En l'écoutant, Montalt s'était pris à rêver.
—Toujours la même histoire! murmura-t-il; et ce sont les plus belles âmes que Dieu choisit pour les frapper de cette folie!... Écoutez!... reprit-il en s'adressant à Étienne; mon amitié peut être plus forte que mes aversions... Qui sait si vous n'allez pas me convertir, mon jeune camarade?... Voulez-vous me parler d'elle et me confier le roman de vos amours?...
—A vous?... se récria Étienne.
—A moi qui suis déjà votre ami..., répliqua l'Anglais avec prière, à moi qui l'aimerai si elle vous aime...
Il avait mis dans ces derniers mots cette éloquence persuasive et vraie qu'il semblait prendre tout au fond de son cœur.
Étienne résista faiblement, puis il parla. C'est un bonheur si grand que de confier certains secrets, ne fût-ce qu'à demi. A l'âge qu'avait Étienne, l'âme s'épanche avec tant de joie! Et puis Montalt souriait en l'écoutant; on eût dit que ces jeunes souvenirs lui réchauffaient le cœur.
Étienne, sans prononcer aucun nom, raconta son arrivée au château et cette douce pente qui l'avait entraîné à son insu vers Diane. Il dit les premiers sourires de la jeune fille et ces vagues espoirs qui d'abord avaient fait battre son cœur.
Ce n'était pas un roman comme l'avait pensé le nabab, c'était une simple histoire: la vie tendre et confiante de deux enfants, qui s'aimaient sans se le dire.
Il n'y avait point d'incidents, car Étienne taisait une partie de la vérité. Ce n'était pas au sceptique étranger qu'il eût voulu confier ce mystère qui entourait, depuis si longtemps, la conduite des deux sœurs. Sur ce point le silence lui était d'autant plus facile que jamais il n'avait soupçonné.