La diligence s'arrêtait dans une sombre rue de la vieille ville, à l'hôtel où les voyageurs devaient prendre leur repas et passer la nuit.
Il va sans dire que Montalt et le jeune peintre soupèrent ensemble; c'étaient deux inséparables. On ne se querella guère que deux ou trois fois durant le repas, et Montalt but, sans trop d'ironie, à la santé de Diane, à la santé de Cyprienne, et même à la santé de Roger, le Pylade absent...
Étienne venait de se retirer dans sa chambre à coucher. Durant toute cette journée, il était resté sous l'empire d'une sorte de fascination. Maintenant qu'il se retrouvait seul, il cherchait, mais en vain, à dépouiller Montalt de son bizarre prestige et à le juger froidement. Montalt échappait à tout examen; son image, évoquée, apparaissait à l'esprit d'Étienne plus fugitive encore et plus capricieuse que la réalité même.
Étienne faisait d'inutiles efforts pour fixer ce fantôme insaisissable; il le voyait à la fois bon, méchant, généreux, cruel, sincère, menteur et mille autres choses impossibles à concilier; il l'aimait, il le maudissait, il le craignait, et le nabab avait presque gain de cause, en définitive, car on ne pensait guère à Diane ni au manoir de Penhoël.
Étienne se promenait dans sa chambre, repassant au fond de sa mémoire toutes les phases de ce long entretien qui l'avait tour à tour effrayé, indigné, enchanté. Il s'arrêta court au milieu de sa promenade. On frappait vigoureusement à sa porte.
—Encore quelque nouvelle imagination!... pensa Étienne. Milord, que voulez-vous?
Mais ce ne fut point la voix du nabab qui répondit.
—C'est moi, Étienne! cria-t-on à travers la porte. Ouvre vite... je tombe de lassitude.
Étienne s'élança; il ne pouvait en croire ses oreilles. La porte s'ouvrit; Roger était dans ses bras.
—Déjà!... dit le jeune peintre, quand la première émotion passée lui permit de parler.