Robert lui dit d'un air étonné:

—Pensez-vous donc que j'aie agi à l'insu de Madame?... Vous ignorez donc tout ce qui se passe au manoir?...

L'Ange ouvrait déjà ses grands yeux timides et crédules.

—Hélas! pauvre enfant, reprit Robert; Madame vous aime tant!... Elle vous a caché le malheur jusqu'au dernier moment... Mais n'avez-vous jamais vu, alors qu'elle se croyait seule, des larmes dans ses yeux?...

—Oh! si!... murmura l'Ange, bien souvent!

—Et ne vous êtes-vous jamais aperçue qu'elle me cherchait parfois pour m'entretenir en secret?

—Si..., dit encore l'Ange.

—C'est que j'étais son confident, mademoiselle... Je savais combien elle souffrait, la pauvre sainte femme! Je tâchais de la consoler, mais je n'ai pas pu la défendre...

—Mon Dieu!... mon Dieu! murmura l'Ange, qu'est-il donc arrivé à ma mère?...

—Le maître de Penhoël a vendu petit à petit ses métairies, ses moulins, son manoir..., répliqua Robert à qui la vérité donnait ici une grande force de persuasion; Pontalès lui a tout acheté... Pontalès qui se disait son ami!... Et votre bonne mère qui a confiance en moi, mademoiselle Blanche, m'a prié de vous conduire à Rennes où elle viendra vous retrouver.