De l'autre côté du foyer, M. le comte de Manteïra fumait sa pipe en biseautant fort adroitement un jeu de cartes.

Le baron de Bibander se tenait à l'autre extrémité de la salle devant une glace, où il se mirait avec une complaisance extrême.

Ils étaient vraiment assez bien déguisés tous les trois. La barbe et les cheveux longs allaient parfaitement à la figure pâle de Robert, qui était un fort passable cavalier espagnol. L'Endormeur, lui, avait été obligé de raser ses cheveux d'un blond tirant sur le roux et de se munir d'une perruque noire pour se donner une physionomie portugaise. Il avait teint, en outre, sa barbe, et son meilleur ami aurait eu quelque peine à le reconnaître. Quant à Bibandier, ces quelques semaines d'abondance l'avaient refait si bellement, qu'à la rigueur son embonpoint nouveau aurait pu seul lui servir de masque.

Son teint, naguère si jaune, fleurissait maintenant; ses joues décharnées s'étaient arrondies. Il commençait même à prendre du ventre.

—Ah çà!... dit Blaise en passant l'ongle sur la tranche de son jeu de cartes, est-ce que tu n'as pas bientôt fini de mettre ton corset, M. le baron?

—C'est étonnant comme j'engraisse!... répliqua Bibandier en se souriant à lui-même dans le miroir; mais j'avais dit à ce coquin de coiffeur de venir mettre des papillotes à ma barbe... vous verrez que le drôle me fera faux bond!

—Américain!... dit Blaise.

Robert leva la tête en sursaut.

—Regarde donc un peu M. le baron... est-ce que tu ne le trouves pas plus laid encore qu'autrefois?

—Beaucoup plus laid, répliqua Robert qui se renfonça aussitôt dans son algèbre.