—Parbleu!... fit le baron Bibander, ça va de soi-même... L'Endormeur est bouché comme un cigare de la régie!

—Mais pourquoi l'Américain et son levier jouent-ils les mêmes chances?... demanda encore Blaise.

—Cette question me fait plaisir, mon garçon, répliqua Robert: elle prouve que tu commences à voir plus clair... Mon levier et moi nous allons ensemble parce que le principal danger pour l'inventeur d'une martingale est de se voir deviner par la banque... Toute série de paroli est redoutable pour l'administration... Et en définitive, sans les manœuvres qu'on emploie pour déjouer des calculs qui n'ont rien de condamnable, nous verrions la banque sauter trois ou quatre fois tous les soirs; mais voici ce qui arrive... Dès qu'un homme se présente avec l'intention de martingaler, son jeu est percé à jour à l'instant même... si c'est un maladroit, on le laisse faire... si c'est un habile, on neutralise ses coups à l'aide de coups semblables tenus par quelque affidé de la maison... Moi j'ai mon levier qui me sert à dérouter tout espionnage... Mon levier connaît son rôle... il sait par cœur ses instructions invariables... si bien qu'au moment où le banquier attend mon quatrième ou mon cinquième paroli, je cesse de jouer tout à coup, ce qui lui donne le change... Comprends-tu maintenant?

—Un petit peu..., dit Blaise.

Le baron Bibander, qui vidait, parmi les mèches de sa crinière, un plein flacon d'huile antique, fit un geste de dédain.

—Un petit peu!... répéta-t-il; moi, j'ai beau ne pas savoir l'algèbre, je trouve que la mécanique de l'Américain n'a qu'un défaut, c'est d'être trop simple... Va, mon bonhomme, on te saisit!

—De la seconde équation posée plus haut, reprit Robert, découle cette première conséquence rigoureuse savoir: que si la partie s'engageait et se continuait sur ces bases, la perte et le gain devraient se balancer complétement...

—Sauf les sorties du zéro et du double zéro, interrompit Blaise.

—J'allais y arriver...

—Mais, mon petit, dit Bibandier en s'adressant à Blaise, il allait y arriver!... Tu vois bien que tu nous embrouilles... Donne-nous la paix, au nom de Dieu!