—C'est une chose étrange!... reprit-elle enfin, comme les traits de cet homme sont restés gravés dans ma mémoire... Il me semble que je le vois encore... Quel visage franc et fier!... Je n'ai jamais vu d'homme plus beau en ma vie.

—Et comme il nous regardait pendant le voyage!... Je ne sais... on eût dit qu'il nous connaissait et qu'il nous aimait...

Cyprienne parlait ainsi d'un ton plus calme. En causant, elle oubliait presque sa souffrance; mais, à ces derniers mots sa voix faiblit, et Diane, qui la vit chanceler, n'eut que le temps de la soutenir.

—Ce n'est rien..., murmura la pauvre enfant; mon Dieu! notre chambre est bien loin encore..., et je ne sais pas comment je ferai pour y arriver!

—Je te porterai..., dit Diane qui l'attira sur son cœur. Oh! c'est de te voir souffrir ainsi qui me tue!... Écoute... c'est notre dernier jour de misère...

Cyprienne dégagea sa tête et regarda la Seine qui coulait derrière elle.

—Oui..., murmura-t-elle; tu as raison... ce pourrait être notre dernier jour de misère!

Diane couvrit son front de baisers en pleurant.

—Ma sœur!... ma petite sœur!... dit-elle; je t'en prie, ne parle pas comme cela!... Dieu aura pitié de nous, j'en suis sûre... Je te le promets... Et laisse-moi te dire ce que je veux faire demain... jusqu'à présent je n'ai pas eu la force... mais je ne veux pas que tu meures, ma Cyprienne... Et demain je l'oserai!

—Quoi donc?... demanda Cyprienne.