—Je n'entre pas dans tes affaires personnelles, mon fils... Sur les vingt mille livres de rente qui restent, tu t'arrangeras avec M. le marquis de Pontalès, avec maître Protais le Hivain, avec notre chère Lola et même avec le Bibandier, s'il y a lieu.
—C'est ton dernier mot?... demanda Robert à voix basse et les dents serrées.
—C'est mon dernier mot..., répondit l'Endormeur, et je te promets que je n'en démordrai pas!... Tu me donneras tout, ou bien, morbleu! je mangerai seul le bon souper que tu as commandé, et tu me serviras à table!
—Allons!... dit Robert qui affecta un mouvement de gaieté, je vois bien qu'on ne peut pas raisonner avec toi ce soir... Il faut tâcher de s'arranger autrement.
Tout en prononçant ces paroles avec un accent de bonne humeur, Robert de Blois jouait avec le pied de la lampe. Au beau milieu de son sourire, sa main glissa, rapide comme l'éclair, et saisit sur la table l'épée de l'oncle Jean.
Mais l'Endormeur était sur ses gardes. Si rapide qu'eût été le mouvement, quand Robert se retourna pour frapper, il vit son camarade debout au milieu de la chambre et tenant à la main l'épée du maître de Penhoël.
—Oh! oh! mon bonhomme! dit Blaise qui tomba en garde assez gaillardement; on te connaît depuis le bout de l'oreille jusqu'à la plante des pieds... Tu triches toujours, c'est ton caractère... mais, au jeu que nous allons jouer, à ce qu'il paraît, on ne peut pas filer la carte.
Robert s'était levé. Il n'était peut-être pas brave dans l'acception héroïque du mot, mais il avait ce qu'il fallait de sang-froid et de fermeté pour défendre à l'occasion son intérêt ou sa vie.
—Je te préviens que c'est un duel à mort, dit-il en marchant sur Blaise avec précaution.
—C'est tout ce que tu voudras, mon fils... répliqua l'Endormeur. Dieu merci! j'ai cinq ans de salle.