—Ah!... ah!... ah!... fit par trois fois l'Anglais; nous sommes donc artiste, monsieur?... Franchement, j'en suis fâché pour vous... les bras manquent à la culture de la terre... Il n'y a pas assez de boulangers; les tailleurs demandent en vain des apprentis... et il se trouve des gens qui n'ont pas honte d'avouer bonnement leur fainéantise... C'est pitoyable!
Étienne frappa du pied et se redressa; des paroles de défi étaient sur sa lèvre. L'Anglais le regarda encore durant un instant avec son sourire sec et dédaigneux.
Puis au moment où Étienne allait parler, l'Anglais haussa les épaules, ferma les yeux et remit sa tête sur son beau châle de cachemire.
—Pour Dieu! monsieur, dit-il, ne me réveillez plus... j'ai sommeil.
Étienne demeura tout déconcerté. Il garda le silence, rongeant son frein et se demandant s'il avait décidément affaire à un maniaque.
L'Anglais avait repris tout de bon son somme interrompu.
On avait eu des chevaux frais à Vitré; la voiture roulait tant bien que mal sur les confins de la Bretagne et du Maine. A mesure que le temps passait, Étienne reprenait son calme et revenait à ses souvenirs.
Au bout de deux heures, employées par le jeune peintre à rêver et par l'Anglais à dormir, la diligence atteignit un relais.
Tandis qu'on changeait de chevaux, les voyageurs, la tête à la portière, faisaient les questions d'usage:
—Où sommes-nous ici, mon brave?