Il se laissa retomber sur sa couche. L'oncle en sabots se dirigea vers le coin où Marthe était assise. Il se pencha vers elle et prit sa main qu'il baisa. Dans ce mouvement, il mettait, à son insu, un reste de cette grâce noble dont les vieux gentilshommes emportent le secret. Cela faisait péniblement contraste avec la repoussante misère du grenier.

—Bonsoir, Marthe! dit le vieillard doucement.

Madame répondit par un signe de tête.

—Ma pauvre fille, reprit l'oncle, il me semble que vous êtes plus pâle encore qu'hier au soir...

Marthe essaya de sourire.

—Mon Dieu!... mon Dieu! reprit l'oncle dont les grands yeux bleus se levaient au ciel avec une résignation douloureuse, je fais pourtant ce que je puis!... Ce sont mes cheveux blancs qui les arrêtent... J'ai beau leur dire: «Voyez mes bras, je suis vigoureux encore;» on me répond: «Il est temps de vous reposer, mon vieux.» Me reposer... quand ma pauvre belle Marthe souffre!...

Il essuya son front où il y avait de la sueur.

—Je suis bien las, ma fille, reprit-il; Paris est grand... et je n'ai pas pris un seul instant de repos durant toute cette journée... Sais-je à combien de portes j'ai frappé?... Partout où je me présentais, je disais: «Donnez-moi de l'ouvrage... je ne demande pas à choisir la besogne... je ferai ce que vous voudrez...»

—Pauvre père! pensait Diane qui écoutait les larmes aux yeux.

—«Je ne demande pas un gros salaire..., poursuivait Jean de Penhoël; quand j'aurai bien travaillé, vous me donnerez ce que vous voudrez.» La porte se refermait avant que j'eusse fini... Ou bien on me demandait: «Brave homme, que savez-vous faire?» Mon Dieu! autrefois je savais monter à cheval, porter le mousquet et manier l'épée... Je n'ai jamais été obligé d'apprendre d'autre métier, grâce au pain que me donnait Penhoël. Et maintenant que Penhoël n'a plus de pain, je ne peux pas lui en donner moi! Je répondais: «Je sais bêcher la terre des jardins, porter les fardeaux, balayer les écuries... Ayez pitié!... Faites-moi le valet de vos serviteurs!—Non... non...» La même parole toujours!... Dans cet immense Paris où tant d'or se prodigue, quand on est pauvre et qu'on a les cheveux blancs, il faut donc se coucher sur la terre pour attendre la mort!...