Tout, autour de lui, vacillait déjà, comme les objets que l'on voit en songe.
Il y avait dans cet état quelque chose de délicieux. Montalt se laissait aller voluptueusement à ce demi-sommeil qui le berçait. Il ne dormait pas encore, mais il rêvait déjà...
Quelques minutes à peine s'étaient écoulées, depuis l'instant où sa voix, railleuse et dure, arrivait à l'oreille des deux pauvres filles comme un sarcasme et une menace. Maintenant, sa voix était douce, tendre, presque soumise, et ses yeux, qui nageaient dans une langueur molle, semblaient implorer l'amour.
Non point l'amour que le maître du harem demande à ses esclaves, non pas l'amour que vous avez quêté, jeunes gens, aux genoux de la maîtresse idolâtrée. Que dis-je? Il y avait de la passion pourtant dans ce regard, une passion profonde et recueillie.
La tendresse paternelle est austère. Pour trouver un objet de comparaison, il faudrait se représenter la jeune mère qui se penche, heureuse, sur le berceau de son enfant.
Et toute cette adoration s'était fait jour, non point à cause du récit de Diane, mais pendant le récit, qui lui avait servi seulement de prétexte et de transition.
Tandis que le nabab raillait naguère, il aimait déjà, et la moquerie déchirait son propre cœur.
Ce cœur, fermé de force à toute tendresse, et qui, depuis vingt ans, souffrait d'un immense besoin d'aimer!
Montalt tenait toujours les mains des deux jeunes filles entre les siennes et les serrait doucement contre sa poitrine.
Diane et Cyprienne souriaient, sans crainte ni défiance. Elles ne sentaient point trop ce qu'il y avait d'inexplicable dans la tournure que prenaient les choses.