C'est l'âge impitoyable, cet escalier que chacun descend, dont les premières marches sont d'or, et dont les derniers degrés se perdent hélas! si bas, qu'on n'ose presque le dire...

Le temps marche, et ces dames ne sont que les locataires de leur opulence. Ont-elles même un bail? Ces moelleux tapis que foulent leurs pieds mignons, les hautes draperies de brocart qui entourent ce beau lit sculpté, ces meubles merveilleux, ces cachemires, ces parures, tout cela les quittera un jour.

Mouiller de pauvres brodequins dans la boue du trottoir, quand on s'est étendue, si gracieuse et si fière, sur les coussins d'un noble équipage!

Oh! c'est là le malheur! le malheur odieux, inévitable!

S'il est loin encore, tant mieux! il faut rire. S'il se rapproche, il faut rire plus fort, et repousser toujours la tristesse qui enlaidit et se garder des larmes qui vieillissent!

Mais où vont nos maussades pensées? Hortense et Delphine n'avaient pas vingt ans...

Depuis plus d'une heure, nos deux amis parcouraient le jardin dans toutes les directions, sans jamais rencontrer leurs inconnues. Ils avaient fouillé les moindres recoins, et arrêté, l'une après l'autre, toutes les femmes qui portaient le costume de bayadère.

Parmi celles-ci, nulle ne manquait à la fête. Elles étaient bien douze, comme à l'ouverture du bal.

Mais cela ne faisait qu'augmenter le mystère, Étienne et Roger avaient acquis la certitude que leurs deux inconnues ne se trouvaient point parmi ces douze danseuses.

Plus d'une fois, ils avaient poursuivi dans les bosquets quelque fine taille, serrée par une ceinture de cachemire rouge à franges d'or ou par une ceinture verte, mais l'illusion ne durait guère; au premier mot prononcé, ils s'éloignaient pour continuer leurs recherches vaines.