La chambre qu'elle habitait dans la maison de la marquise donnait sur le devant, car on ne la traitait point en prisonnière, et son angélique douceur rendait toute précaution superflue.

Eût-on voulu prendre des précautions, sa chambre n'aurait point été encore mal choisie. De l'autre côté de la rue, il n'y avait, en effet, aucune fenêtre d'où les regards indiscrets pussent épier la solitude de la jeune fille.

Du moins, telle était l'apparence, puisque la croisée de Blanche regardait cet espace vide qui se trouve derrière la porte latérale de la prison militaire.

De l'intérieur de sa chambre, elle voyait seulement les derrières de la rue de l'Abbaye et le profil de la façade intérieure de la prison, c'est-à-dire quelques barreaux de fer, faisant saillie hors de l'épaisse muraille.

Mais, à cause de cette position même, si elle ne pouvait rien voir, elle pouvait être vue.

Et, de fait, derrière une de ces croisées, que défendait un solide grillage, il y avait un prisonnier dont les yeux restaient fixés sur elle durant une grande partie du jour.

Une ou deux fois, Blanche l'avait entrevu aux rares instants où le soleil, pénétrant dans la ruelle intérieure de la prison, éclairait d'aplomb son visage. Mais elle n'avait pu distinguer ses traits, parce qu'il y avait les barreaux de fer entre le prisonnier et son regard.

D'ailleurs, elle n'avait point l'esprit assez libre pour se donner à une curiosité vaine.

Comme son âme était bonne, elle priait parfois pour le pauvre prisonnier. C'était tout.

Le prisonnier, au contraire, s'occupait d'elle sans cesse.