La terrasse, tournant deux fois sur elle-même avec ses balustrades de marbre blanc, s'ouvrait au delà du vestibule et descendait au jardin. C'était un vrai petit parc, qui s'étendait à gauche de l'avenue Marigny jusqu'aux maisons du faubourg d'une part, de l'autre, jusqu'aux abords des Champs-Élysées.
On était là surtout en plein xviiie siècle. Après le beau parterre, venait le boulingrin Pompadour et les tilleuls énormes, taillés en arcades. Puis c'étaient des statues, habillées de mousse et cachées dans des niches de verdure, des jets d'eau qui voulaient être rustiques, des naïades, des tritons, Neptune, Amphitrite, etc., le tout entouré d'un cercle de buis centenaires à qui le ciseau avait donné mille formes architecturales ou fantastiques.
Par delà les grands buis, il y avait des labyrinthes ombreux où Cupidon et sa sœur se jouaient, aimaient, souriaient, se groupaient sous la feuillée, suivant le lascif caprice de l'art au siècle de Louis XV.
Lors de son arrivée, Montalt avait trouvé ce mythologique paradis en pleine verdure et en pleines fleurs. Il n'avait eu garde de regretter son froid palais de Portland-Place, à Londres. Mais quand vinrent les jours pluvieux de septembre, adieu la riche feuillée des grands arbres, adieu les corbeilles de fleurs.
Le nabab était inconstant par système. Il se serait fatigué bien vite des fleurs et des arbres, mais il n'aimait pas à voir son caprice contrarié avant l'heure de la satiété.
Il fit appeler Nehemiah Jones, son majordome, et il lui dit:
—M. Jones, ne pourrait-on mettre mon jardin en serre?
—Si c'est la volonté de milord, répliqua Nehemiah Jones le plus simplement du monde, pourquoi non?
Il eût semblé, en vérité, à entendre ce brave Anglais, que la volonté de milord était la règle de l'univers.
Milord répondit: