—La marquise?... dit Montalt.
—Madame la marquise d'Urgel, qui avait alors trois ans de moins, et qui était belle comme un ange.
Comme pour confirmer cette assertion, Lola passa, en ce moment, au bras de son cavalier, devant le berceau où Montalt et Robert étaient assis.
—Oui, oui..., dit le nabab en la regardant, madame la marquise devait être bien belle!
—En arrivant dans certaine ville de Bretagne dont le nom importe peu, reprit Robert, nous avions, à nous trois, sept francs cinquante centimes.
—Du vin!... cria le nabab à un cipaye qui passait à sa portée.
Depuis quelques minutes, on voyait circuler dans le jardin des femmes qui n'avaient point assisté au souper. C'était la coutume aux fêtes du nabab, et nul ne songeait à s'en étonner. On appelait cela l'entrée des grandes dames.
Car il était convenu que tous ces masques mignons, arrivant sur le tard, étaient des grandes dames! De très-grandes dames! comme disait Buridan, le capitaine.
L'hôtel Montalt avait sa terrible renommée. On en disait un mal horrible, mais on y allait, mais, pour y aller, on bravait tout de grand cœur: parce que ce n'était point là une de ces réputations menteuses qui promettent beaucoup pour ne rien tenir; bien au contraire, on n'en pouvait prendre une idée exacte à l'avance: chez le nabab, magnificences et féeries étaient fort au-dessus de la renommée. Les descriptions mentaient, non par exagération, mais par impuissance.
Il fallait voir pour croire à ce miracle de la fantaisie et de l'argent.