Hélas! pauvres filles de Bretagne!...
Montalt était le plus fort. Quel noble triomphe! Il avait enfin réussi à tuer l'avenir de deux enfants inconnues...
Il restait toujours auprès de Robert, qui poursuivait son récit.
Tandis que le nabab écoutait, sa belle figure gardait le calme de l'indifférence, et pourtant il fallait bien que les faits racontés par Robert lui inspirassent un intérêt quelconque, car le temps ne lui pesait point trop; il ne songeait pas à quitter la place, bien que l'histoire se prolongeât outre mesure.
Robert avait la parole élégante et facile. En ce moment, son imagination surexcitée brodait sur le fond vrai mille détails curieux. Il mettait à ménager l'intérêt de son récit cette coquetterie du romancier qui tient toujours son lecteur en haleine.
Ils étaient arrivés à Paris presque en même temps, Montalt et lui. Le hasard les avait rapprochés tout de suite. C'était au Cercle des Étrangers que la rencontre s'était faite.
Robert venait là, escorté de ses deux acolytes et armé de toutes pièces contre les injustices du sort.
Montalt, lui, cherchait à tuer le temps, à secouer cet ennui qui le prenait à la gorge, au milieu de sa vie dorée.
Comme le nabab jouait gros jeu, comme il gardait un sang-froid pareil en perdant des sommes énormes ou en amoncelant devant lui des tas d'or, les nouvellistes du cercle firent en sorte de savoir bien vite quelle était sa position dans le monde.
Robert flaira en lui une dupe de première qualité.