«Il me refusa sa main froide. Il se mit entre moi et la porte de sa maison. Je repartis; mon âme était morte...»

Cyprienne et Diane avaient des larmes dans les yeux.

—Pauvre père!... dirent-elles en couvrant ses mains de caresses.

—De quoi faut-il me plaindre? répéta le nabab avec un élan d'amertume; et que venais-je faire chez cet homme?... Je lui avais cédé mon bonheur; peut-être croyait-il que je venais le reprendre... Oh! mais je l'aimais tant!...

«Et la jeune fille qui était maintenant sa femme?... Celle-là, je l'avais abandonnée, presque trahie!... De quel droit pouvais-je lui demander un souvenir?

«N'était-ce pas moi-même et moi seul qui avais brisé ma vie?

«Savaient-ils seulement qu'ils avaient tué mon âme, sinon mon corps: lui, parce qu'il me chassait dans sa défiance jalouse; elle, parce que je lui avais jeté le cri suprême de mon repentir et de ma douleur, et qu'elle avait gardé le silence?...»

Il appuya ses deux mains contre son front tout pâle. La pente de ses souvenirs l'entraînait.

—Oh! je l'aimais!... murmura-t-il d'une voix tremblante; vingt années se sont écoulées depuis lors, et je n'ai jamais aimé une autre femme!... J'ai supplié Dieu de m'envoyer l'oubli!... Dieu ne m'a point exaucé... Je l'aime encore... je l'aime!... Cette nuit, je suis devenu fou rien qu'en écoutant une histoire où je ne sais quelle femme jouait un rôle qui pouvait ressembler à sa vie...

«Et maintenant que je vous parle, j'attends comme un pauvre insensé... J'ai entrevu un vague espoir dans la nuit de mon avenir... Si je m'étais trompé!... si elle avait souffert, elle aussi, comme j'ai souffert!...