Il glissa la lettre fermée dans son sein.

—Ne voulez-vous donc point savoir?... demanda Diane.

—Plus tard..., répliqua le nabab; si mon désir est satisfait, j'ai toute une vie pour me réjouir... Si mon dernier espoir me trompe, j'ai toute une longue nuit à souffrir... Parlons de vous, mes filles, car il faut au moins que j'aie fait, ici-bas, quelqu'un d'heureux. Je vous ai fait hier une promesse... Je ne l'ai pas oubliée... et je vais l'accomplir.

Il se dirigea vers son secrétaire, dont la tablette restait baissée.

Il prit dans l'un des tiroirs la clef du petit meuble, qui se trouvait au pied de son lit.

—Regardez bien tout ce que je fais..., dit-il; vous pourrez avoir besoin de vous en souvenir.

Dans le meuble, il prit la boîte de sandal, et revint auprès des deux jeunes filles.

—Voilà toute ma fortune..., poursuivit-il; je n'ai rien au monde, sinon cette boîte qui renferme une boucle de cheveux blonds... Je les regarde parfois, quand je suis seul, et je vois sourire alors toutes les belles joies de ma jeunesse... Cette boucle est là, gardée par les diamants qui l'entourent... Pour me la ravir, il faudrait me prendre aussi mes diamants, dont la perte me laisserait plus pauvre qu'un mendiant... Cela me plaît à penser... Et, vous savez, chacun pare son idole... Moi, je n'ai ni femme, ni enfant, ni famille... J'ai voulu faire un asile brillant à mon cher souvenir.

Il porta la boîte de sandal à ses lèvres, pour la baiser d'abord, puis pour arracher, à l'aide de ses dents, quelques-uns des diamants enchâssés dans le couvercle.

Il en prit quatre et les examina durant quelques secondes.