—Ils sont là!... dit Nawn.
XXIV
CINQ COUPS D'ÉPÉE.
La grande pendule du marchand de vin de la porte d'Orléans venait de sonner six heures moins le quart. Le jour se levait: le vent soufflait, sec et froid, parmi les arbres dépouillés du bois de Boulogne.
Quelques charrettes de paysans attardés descendaient encore l'avenue de Neuilly, et se hâtaient pour gagner les halles. Le bois était complétement désert.
Il y avait à peine quelques secondes que l'œil-de-bœuf du cabaretier avait jeté l'heure, à travers les contrevents fermés, lorsqu'une élégante voiture déboucha au rond-point de la porte d'Orléans.
Elle traversa la place sablée, au trot de ses magnifiques chevaux, et s'arrêta contre le mur d'enceinte, à trois cents pas environ de la sentinelle.
Les petits arbres du bois de Boulogne, qui n'était guère alors qu'un taillis, empêchaient la sentinelle de voir la voiture. Néanmoins le brave soldat du centre, averti par son belliqueux instinct, arrêta sa promenade pour se gratter l'oreille et murmurer:
—Voilà des bourgeois qui vont au champ d'honneur! Un militaire français n'y doit point mettre obstacle...
Il enfonça le shako sur sa titus, et s'enveloppa dans son manteau couleur de poussière, déterminé à ne rien voir et à ne rien entendre.
La voiture, cependant, s'était ouverte; deux nègres, qui se tenaient devant et derrière, avaient sauté sur le sable pour aider leurs maîtres à descendre.