—Tu es un bon garçon... et tu as fait là un coup de maître!... Moi, je vais lui déterrer un adversaire auquel personne n'aurait songé, j'en suis sûr, et qui tire l'épée comme feu Saint-George... Après ça, je m'occuperai de notre ami Penhoël, que je me charge de rendre doux comme un agneau... Peut-être irai-je à l'hôtel Montalt... Que je m'y rende ou non, bon courage, mes enfants, la partie n'est pas perdue!... D'ici à demain, nous avons le temps de travailler... et je vous promets qu'après-demain, à l'heure où nous sommes, nous roulerons en bonne chaise de poste sur la route de Bretagne!

Il franchit la porte et disparut.

Lola sortit à son tour pour exécuter sa promesse.

Sa tâche n'était pas fort malaisée. Le jeune Pontalès se laissait dominer par elle complétement et l'aimait en esclave. Depuis qu'il avait quitté la Bretagne pour la suivre, sa passion avait grandi, et bien qu'il connût le passé de Lola mieux que personne, il s'aveuglait à plaisir, et n'était point éloigné de croire sincèrement qu'il possédait les bonnes grâces d'une grande dame.

L'Endormeur et Bibandier, restés seuls, sonnèrent le déjeuner. Ils se sentaient tout ragaillardis, et sans savoir encore quel était le plan de Robert, ils avaient confiance.

Cette confiance, ils l'auraient perdue peut-être s'ils avaient pu voir, en ce moment, la mine soucieuse de leur compagnon.

Robert, qui avait cessé de se contraindre, aussitôt sorti de leur présence, allait, en effet, maintenant, le long de la rue Saint-Honoré, la tête basse et l'air découragé.

Il avait fait comme ces généraux intrépides, qui raniment à tout hasard la vaillance de leurs soldats pour une dernière bataille, mais qui n'espèrent point la victoire.

Ce n'est pas qu'il crût être sans ressource; seulement sa partie, qui semblait sûre la veille, s'était gâtée en une nuit. Au lieu de jouer un jeu tranquille et sûr, il fallait recourir aux moyens violents et chanceux; il fallait, en un mot, payer de sa personne, et Robert n'aimait point le danger.

Il avait fait semblant, devant ses acolytes, d'avoir un plan tout prêt et une ligne de conduite tracée. Maintenant qu'il n'avait plus à répondre qu'aux interrogations de sa propre conscience, il s'avouait son embarras et sa faiblesse.