—Bonjour, Vincent, mon fils..., dit-il; tu m'apprendras tantôt pourquoi tu as laissé le service du roi où je t'avais mis... En attendant, sois le bienvenu, et puisses-tu être plus heureux que nous!... Bonjour, Roger!... Bonjour, Étienne!... Je me disais tout le long du chemin: «Je ne trouverai pas dans ce Paris un seul ami pour m'assister...» Je me trompais, ma foi!... Milord Montalt, ajouta-t-il en se tournant vers le nabab, j'ai des témoins à revendre, comme vous voyez... Et vous n'aurez à me prêter qu'une épée.

Il disait tout cela de sa voix douce et bonne, mais l'expression de ses traits n'avait plus cette humilité que nous lui avons vue. Il redressait la tête; ses grands yeux bleus brillaient, et son regard avait une belle fierté. Les trois jeunes gens regardaient avec respect et tristesse ce noble front de vieillard avec sa couronne de cheveux blancs comme la neige.

Montalt aussi le regardait, mais c'était à la dérobée; il détournait les yeux et affectait de ne rien voir. Sa figure, où ne se montrait nulle fatigue, peignait un mépris dur et froid.

Il ne parlait point, et semblait attendre.

L'oncle Jean vint se placer en face de lui.

—Donnez une arme à monsieur, dit Montalt en s'adressant à son majordome.

L'oncle Jean se baissait déjà pour ramasser l'épée.

—Oh! oh!... fit-il avec surprise; il y a sur la terre des gouttes de sang... Est-ce que je ne suis pas le premier?

Les trois jeunes gens, qui étaient restés jusqu'alors indécis et sombres, s'ébranlèrent à la fois. Vincent se mit entre son père et le nabab.

—Milord, dit-il à voix basse, ce combat est impossible!