Après le travail, honnête ou non, le repos. Il y a bien des manières de se faire un sort, comme on dit, et chacun caresse l'idée de prendre sa retraite.

Une fois riche, on devient honnête homme; on couronne sa vie de rapines par toutes sortes d'actions méritantes. Ne sait-on pas que le monde, toujours complice, prodigue à ces diables, qui se sont faits ermites sur leurs vieux jours, son estime banale et ses respects de hasard?

Penhoël! Penhoël! le bon pays! les champs fertiles, parmi les vastes landes! le joli manoir, les eaux poissonneuses et les forêts peuplées de gibier!...

Et encore la vengeance si douce! Quelle joie de prendre sa revanche sur le vieux Pontalès!

Il y avait dans tout ceci, peut-être, un côté puéril; mais c'était une passion réelle, et la passion, pour ne se point pouvoir discuter, en est-elle moins irrésistible?

Aussi, entre les déboires récemment éprouvés, celui qui frappait Robert à l'endroit le plus sensible était l'enlèvement de Blanche. Blanche était pour lui une légitimation de son droit à l'héritage de Penhoël. Le caractère faible de la jeune fille lui était assez connu pour qu'il n'eût point fait entrer dans ses calculs la possibilité d'une résistance efficace.

Maintenant qu'il l'avait perdue, il ne se souvenait point que ce projet d'alliance était subordonné aux chances du retour de l'oncle d'Amérique. Il regrettait Blanche, en supposant même qu'elle fût restée pauvre, parce que Blanche, pauvre ou non, entr'ouvrait toujours pour lui la porte du manoir.

Et, dans le travail mental qu'il faisait en ce moment, c'était Blanche surtout qu'il cherchait à remplacer.

Pour cela, il n'y avait que René de Penhoël lui-même.

Mais, pour se servir de René d'une manière utile, la première chose était de posséder la somme qui devait racheter le manoir, ou du moins une grande partie de cette somme.