Mais, au lieu de franchir le seuil, il s'arrêta comme frappé de la foudre, et la boîte s'échappa de sa main tremblante...

Il y avait devant lui deux fantômes: Diane et Cyprienne de Penhoël, qui tenaient à la main les pistolets du nabab, et qui, droites et fermes au-devant du seuil, dirigeaient les deux canons contre la poitrine de Robert.

Celui-ci toucha son front, qui se mouillait d'une sueur froide.

—Encore!... encore!... murmura-t-il d'une voix étouffée.

La signification de ce mot dut échapper aux deux jeunes filles, qui ne se doutaient même pas du danger récent qu'elles avaient couru par le fait de Nawn.

Pendant que cette dernière, en effet, après avoir versé le poison dans la bouilloire, s'éloignait précipitamment pour jeter au dehors le flacon accusateur, Séid était entré sans bruit dans la chambre de Blanche. Il avait renversé dans les cendres la liqueur empoisonnée, et rempli de nouveau la bouilloire avec de l'eau pure.

De sorte que Nawn, au lieu de son poison malais, avait servi d'excellent thé aux deux jeunes filles.

Celles-ci veillaient dans leur chambre, attendant le retour du nabab. Blanche dormait auprès de son enfant. Diane et Cyprienne sortaient, de temps à autre, dans le corridor, pour prêter l'oreille.

Au moindre bruit, annonçant le retour espéré de Montalt, elles voulaient s'élancer au-devant de lui, le supplier de vivre et vaincre sa résolution fatale à force de caresses.

Un bruit se fit, c'était le coup de pied de Robert, essayant de forcer le petit meuble.