Robert connaissait parfaitement le bon oncle en sabots; il savait comment le prendre. Son billet, tracé en deux minutes, était un petit chef-d'œuvre de concision et d'adresse. A la lecture de ces lignes, le vieux sang de Penhoël devait bouillir dans les veines de l'oncle Jean.
Et le bonhomme était une rude lame, malgré son air humble et ses cheveux blancs.
Robert plia sa lettre à la hâte et la remit au commissionnaire du coin.
—Vous allez porter cela au no... de la rue Sainte-Marguerite, dit-il; vous monterez, sans rien demander au concierge, jusqu'au dernier étage de la maison... En cherchant bien, vous trouverez la porte d'un grenier où demeure une pauvre famille... Là, vous demanderez M. Jean... S'il n'est pas là, vous garderez la lettre... Si M. Jean est là, il vous interrogera quand la lettre sera lue... Vous lui répondrez que ce billet vous a été remis dans la rue par deux jeunes filles bien jolies, portant des jupes de laine rayée et des petits bonnets ronds.
Le commissionnaire leva son regard sur Robert.
—Tout ça fait bien de l'ouvrage!... dit-il.
Robert lui mit une pièce de cinq francs dans la main.
—Trouvez de la besogne comme ça tous les jours, mon brave, répliqua-t-il, et vous pourrez mettre de côté pour vos vieux ans... Allez vite!... Il s'agit d'une bonne œuvre, et vous savez que la charité se cache.
L'Auvergnat n'en demandait pas si long; il empocha la pièce et partit comme un lièvre.
Robert, au lieu de continuer sa route vers l'hôtel du nabab, descendit au hasard une des rues qui conduisent aux Champs-Élysées.