A huit heures, il quitta l'auberge, suivant les instructions de nos trois gentilshommes. Son cheval était le seul disponible qui restât dans les auberges et à la poste de Redon, car Robert avait pris ses précautions en cas de mésaventure.

Il avait vaguement la crainte d'être poursuivi par le nabab.

Celui-ci avait perdu un jour entier à chercher dans Paris Madame et René de Penhoël. Au départ, Robert et ses deux compagnons avaient sur lui plus de douze heures d'avance; mais ce large intervalle s'était amoindri peu à peu durant le voyage, et les deux chaises de poste du nabab touchèrent le pavé de Redon quatre ou cinq heures seulement après l'arrivée des fugitifs.

Le maître de l'auberge lui donna tous les renseignements désirables sur les cinq voyageurs descendus au Mouton couronné dans l'après-midi. L'oncle Jean fut chargé de se rendre auprès de Madame. En la voyant si faible, il dut hésiter et se demander si elle pourrait supporter encore la route de Redon au manoir. Mais on ne pouvait la laisser dans cette chambre d'auberge à la merci des événements.

Jean de Penhoël se fit reconnaître et prononça quelques paroles d'espérance, mais il ne risqua point encore les noms de Diane, de Cyprienne et de Blanche, parce qu'il craignait, pour la pauvre malade, l'émotion subite et trop forte.

On la plaça, loin de ses filles, dans la voiture où se trouvaient le père Géraud et Vincent...

A une lieue de Redon, René de Penhoël qui chancelait au trot de sa monture, en suivant machinalement la route connue du manoir, entendit derrière lui le galop d'un cheval.

La nuit était humide et sombre. C'était au fond de cette vallée, couverte de taillis, où Bibandier alignait jadis les rangs de sa fantastique armée.

Penhoël tourna la tête et vit dans les ténèbres une forme noire qui s'avançait rapidement.

C'était un cavalier dont la taille et la figure disparaissaient sous les plis d'un long manteau.