—Je sais une partie de ce qui est arrivé, dit-il, et j'ai vu Blanche de Penhoël en compagnie de cette femme que vous aviez amenée au manoir pour usurper la place de Madame...
—Lola?... s'écria Robert en secouant la tête. Puisque vous me parlez ainsi, M. Vincent, il faut que vous ne sachiez, en effet, qu'une bien faible partie des tristes événements qui ont ruiné votre famille!... Lola que j'aimais tant!—car il faut l'avouer à ma honte, je l'aimais!—Lola s'est tournée contre nous... Elle est devenue la maîtresse du fils Pontalès...
—Et le fils Pontalès n'avait-il pas porté ses regards sur ma cousine Blanche?... demanda Vincent en pâlissant.
L'Américain prit un air étonné.
—Ne savez-vous donc pas que c'est lui qui l'a enlevée?... murmura-t-il.
—Mais alors..., commença Vincent dont les lèvres tremblaient de colère.
—Que sais-je?... interrompit Robert en se rapprochant du jeune homme, qui ne s'éloigna point cette fois; l'affection aveugle le cœur, vous le savez bien... Tant que j'ai aimé cette Lola, je n'ai rien voulu voir... je n'ai rien vu... Mais, depuis qu'elle nous a trahis tous, mes yeux se sont ouverts... J'ai mesuré avec effroi, M. Vincent, la perversité de cette femme... Il faut bien le dire: tout en restant la maîtresse d'Alain de Pontalès, c'est elle qui l'a aidé à enlever votre cousine.
Vincent écoutait d'un air sombre, les lèvres blêmes et les sourcils froncés.
—Il y a deux mois, maintenant, reprit l'Américain comme en se laissant aller à ses souvenirs, que la catastrophe a eu lieu... Pontalès nous chassa tous du manoir, hôtes et maîtres... Votre oncle René n'avait plus rien... moi, au contraire, j'ai reçu, par la volonté de Dieu, quelques fonds de mon pays, et j'ai été bien heureux de rendre à mon pauvre ami une partie de ce qu'il avait fait pour moi... Grâce à mes petites ressources, René de Penhoël, sa noble femme et votre bon père, M. Vincent, évitent au moins la misère, en attendant des jours plus heureux.
L'Américain prononça ces derniers mots avec un accent d'émotion véritable.