—Sais-je ce que Dieu m'envoie?... reprit-il avec un accent de tristesse et de doute; depuis hier, les souvenirs se pressent dans ma mémoire... Le passé prend une forme et surgit devant mes yeux incrédules... Mon cœur dormait... Va-t-il s'éveiller pour de nouvelles tortures?
Il se leva brusquement. Le froid, gagné durant le sommeil, glissa, rapide comme un éclair, le long de ses veines et le fit frissonner.
—Je ne veux plus souffrir!... dit-il; je ne veux plus croire... Oh! le hasard aura beau m'apporter l'écho de mes espoirs passés; mon cœur est mort!...
Il regarda encore tout autour de la chambre, et murmura comme malgré lui:
—Mais où donc sont-elles? Ce ne peut être un songe, pourtant!... J'ai vu leurs longs cheveux sous la toile de leurs petits bonnets de Bretagne... J'ai entendu leurs voix douces, dont l'accent me faisait plus jeune de vingt années... Voici encore la harpe au milieu de la chambre... Où donc sont-elles?
Il se tourna vers la porte ouverte de la pièce voisine et appela doucement:
—Berthe!... Louise!
C'étaient les noms que les jeunes filles s'étaient donnés.
On ne répondit point.
Le nabab attendit durant un instant; ses yeux, fixés sur la porte de la chambre aux costumes, où il s'attendait sans doute à voir paraître les figures souriantes des deux petites chanteuses, avaient une expression tendre et caressante.