Le Cercle des Étrangers était situé rue Saint-Honoré, un peu au delà du Palais-Royal. C'était une maison de jeu, qui se donnait des airs de club, et qui empruntait un peu sa physionomie aux Enfers de Londres.

On jouait là des sommes énormes, à l'anglaise, avec l'habit noir, la cravate blanche et l'escarpin.

Montalt y venait d'ordinaire pour tuer les heures de son oisiveté ennuyée. Il y avait des jours où le jeu le passionnait, et où il trouvait encore quelques émotions dans les bizarres péripéties qui se succèdent autour du tapis vert.

Ce matin, il venait demander aux cartes, non point l'émotion, mais l'oubli et le sommeil du cœur. Il y avait des années que sa conscience n'avait parlé si haut, et ses souvenirs éveillés brusquement l'assiégeaient.

Il était mécontent de lui-même; il se reprochait amèrement ce qu'il appelait sa faiblesse; il eût voulu faire retomber sur quelqu'un sa sourde colère.

En un mot, il était dans cet état où les nerfs révoltés demandent un choc, et où les médecins vous ordonneraient volontiers une bonne querelle comme mesure hygiénique.

A ce point de vue, la détestable humeur du nabab allait être servie à souhait, grâce aux bons soins de nos trois gentilshommes.

Au moment où son équipage s'arrêtait en face du club, une autre voiture quittait la place et s'éloignait au grand trot.

Une tête de femme s'était penchée à la portière et s'était retirée précipitamment à la vue de Montalt qui ne l'avait même pas remarquée.

La dame regarda par l'autre portière et fit un signe de la main à un jeune homme qui se tenait debout sur la porte du Cercle.