—Après deux mois de recherches, reprit encore Vincent, deux mois de misère et de souffrances, le coupable avait enfin retrouvé sa victime... il allait tomber à ses genoux et lui donner sa vie tout entière... lorsqu'un misérable est venu enlever la jeune fille!... Savez-vous le nom de ce misérable, milord?...

—Comment le saurais-je?... demanda Montalt.

Vincent fit peser sur lui son regard dur et perçant.

—Ne me mentez pas!... dit-il tandis que le nabab se redressait instinctivement devant cette insulte; c'est vous qui l'avez fait enlever, milord!... je le sais... j'en suis sûr!... Et voici comment je paye ma dette envers vous. Je vous dis: Rendez-moi ma fiancée... rendez-la-moi telle qu'elle est entrée dans votre hôtel... Je vous croirai, si vous m'affirmez sur l'honneur qu'il en est temps encore.

Le nabab tombait de son haut, car il ignorait complétement l'expédition nocturne, faite, à l'aide de sa voiture et de ses nègres, par MM. Édouard et Léon de Saint-Remy.

—Je vous tiens compte de vos bons sentiments à mon endroit, M. Vincent, dit-il sans éprouver encore d'autre sentiment que la surprise; mais il m'est absolument impossible d'en profiter... En conscience, mon jeune ami, je ne puis rendre ce que je n'ai pas pris.

—Vous refusez?... murmura Vincent les dents serrées; prenez garde, milord!

—Menacez... insultez..., répliqua Montalt; vous pourrez me mettre l'épée à la main, M. Vincent... mais vous ne pourrez pas me fâcher... J'ai l'intime conviction, voyez-vous, que vous êtes de bonne foi et que vous battez la campagne.

Vincent garda un instant le silence.

—Milord, reprit-il ensuite, je vous ai offert la vie... vous n'en avez pas voulu... C'est maintenant que nous sommes quittes... Que votre sang retombe sur vous-même!... Moi, je me fais justice de mes propres mains, parce que je suis un proscrit et que je ne puis demander protection aux lois de mon pays.