Il y avait un quart d'heure environ que le nabab était assis devant le tapis vert et perdait, suivant son habitude, avec un magnifique stoïcisme, lorsqu'on entendit une vague rumeur dans l'antichambre.
Après quelques secondes de pourparlers assez bruyants, la porte s'ouvrit, et un personnage, comme on n'en avait peut-être jamais vu au Cercle des Étrangers, fit son entrée dans la salle.
Les domestiques lui avaient refusé longtemps le passage, et pour qu'on l'introduisît enfin dans la noble assemblée, il n'avait fallu rien moins que le nom de Berry Montalt, prononcé avec autorité. Mais le nabab était une excellente pratique, et sa protection eût servi de passe-port à un mendiant.
Il n'y avait point, du reste, au moins en apparence, une différence appréciable entre un mendiant et le personnage dont nous avons annoncé l'entrée.
C'était un vieillard de grande taille, dont la tête courbée sur sa poitrine se couronnait de rares cheveux, blancs comme neige. Il portait des vêtements villageois de forme antique, usés jusqu'à la corde; sa chaussure consistait en de gros sabots, bourrés de paille.
Le bruit inusité que produisait sa marche sur le parquet de la salle fit tourner la tête à tout le monde. Montalt seul ne daigna point prendre garde.
Chacun se demandait ce que voulait dire cette mascarade.
Nos trois gentilshommes, aux aguets derrière la porte de la chambre voisine où le jeu ne fonctionnait point encore, auraient seuls pu donner le mot de l'énigme.
Le vieillard s'arrêta en face du tapis vert.
Sa taille se redressa, et sa tête relevée montra la beauté vénérable et digne d'un noble visage de sexagénaire.