Et l'enfant! le cœur de Marthe battait, soulevé par une émotion double: car il y avait un souvenir qui se mêlait à l'angoisse présente.

Le malheur de la fille avait été le malheur de la mère, et il semblait que la colère de Dieu eût jeté deux fois cette calamité dans la maison de Penhoël, comme un funeste héritage.

Un soir, la pauvre Marthe s'était enfuie de sa chambre, alors qu'elle était jeune fille. Son cœur était vierge comme celui de Blanche; mais son flanc douloureux lui criait: «Tu es mère!»

En même temps, bien qu'il n'y eût rien dans ses souvenirs, une voix mystérieuse parlait au fond de son âme et lui disait le nom du père de son enfant... un homme qu'elle aimait d'une tendresse pure et dévouée, son premier, son seul amour, l'aîné de Penhoël qui l'avait abandonnée...

Car il y avait déjà plusieurs mois que Louis avait quitté la Bretagne.

Elle se voyait descendre la pente ombreuse qui menait des portes du manoir à la rivière d'Oust.

Elle allait, affolée par la souffrance, épouvantée, découragée.

Et la porte du pauvre Benoît Haligan, le passeur, s'ouvrait pour la recevoir. Là, sur un lit de paille, à la lueur tremblante d'une résine, Marthe mettait au monde deux enfants jumeaux... deux belles petites filles dont le premier sourire passait, en ce moment, devant ses yeux et la faisait pleurer.

Pauvre Diane! pauvre Cyprienne! leur malheur avait précédé leur naissance!...

Chez Benoît, le passeur, Marthe n'était point seule. Jean de Penhoël était auprès du lit avec sa femme. Ils n'abandonnèrent point la jeune accouchée, les amis dévoués.