La glace, où elles se voyaient tout à l'heure, espiègles et mutines, sous leurs costumes de jeunes gens, leur renvoya bientôt deux charmants visages de vierges, souriants et doux.
Elles quittèrent de nouveau l'hôtel, mais, cette fois, avec leurs jupes courtes et leurs petits bonnets ronds de Bretagne.
Elles firent à pied la route qu'elles venaient de parcourir au galop des beaux chevaux de Montalt.
Il y avait à peine douze heures qu'elles avaient quitté leur pauvre chambrette, sous les auspices de l'excellente madame Cocarde. Mais que d'événements les séparaient déjà de la soirée précédente!
La sentinelle de la prison militaire, qui les vit arriver en se tenant par la main et frapper doucement à la porte de leur demeure, n'eut garde de les reconnaître pour ces deux brillants petits seigneurs qui avaient troublé sa faction deux heures auparavant et carillonné comme deux diables à la porte de madame la marquise.
Elles montèrent tout droit à ce grenier inhabité qui était séparé par une cloison du misérable asile de Penhoël.
Le jour était clair déjà, et pourtant, à travers les fentes de la cloison, Cyprienne et Diane ne purent rien distinguer, parce que la lumière arrivait bien tard dans le grenier de la famille, éclairé seulement par une étroite croisée à charnière, dont le carreau unique était tout noirci de poussière.
Ils dorment encore..., murmura Diane; ne les réveillons pas.
Et Cyprienne ajouta:
—Descendons à notre chambre... nous remonterons dans quelques minutes.