—Nous étions des fous!... dit-il à voix basse et comme en se parlant d'abord à lui-même; nous voulions faire de la diplomatie, lorsque le bon sens aurait dû nous apprendre qu'il fallait y aller franchement et tout d'un coup... Ces moyens adroits réussissent parfois, mais il faut le temps... Et nous avons à peine six jours devant nous, sur lesquels il faut prendre trois jours pour le voyage!

—Tu penses donc encore à Penhoël?... demanda Blaise.

—Comment diable!... s'écria Robert, si j'y pense!... Mais c'est là que nous avons enfoui toutes nos belles années!... C'est le domaine acquis par notre travail... On nous a dépouillés, volés, trahis, et tu demandes si je songe à ravoir notre héritage!

—C'est que, murmura Blaise, depuis hier, notre position...

—Notre position?... elle est plus belle!... nous allions manquer le coche à force de précautions... Le hasard, ou mon imprudence si vous voulez, a précipité les choses et nous force à jouer le tout pour le tout... C'est comme cela que j'aime à voir les parties s'engager!

Il se planta contre la cheminée, le dos au feu et les mains croisées sur les basques de son habit. Sa tête pâle se redressait; il y avait du feu dans son regard; nous eussions reconnu le hardi coquin, partant un beau soir de l'auberge de Redon et marchant à la conquête d'une fortune, sans autres armes que son audace.

Blaise et Bibandier se sentaient reprendre courage.

—Hier, poursuivit l'Américain, vous vous moquiez de mes calculs algébriques, et vous aviez raison, mes fils... Ma martingale a fait fiasco!... le nabab est plus fort que je ne pensais... Tant pis pour lui!... Au lieu de lui piper quelques centaines de mille francs, nous prendrons son magot tout entier... c'est plus logique et plus franc.

Bibandier secoua la tête.

—Quand il s'agit de parler..., commença-t-il.