Un peu de crainte et beaucoup de respect étaient assurément de mise.

Mme la marquise d'Ornans vint la prendre par la main et tout le monde l'entoura, excepté le colonel Bozzo, qui garda sa place, continuant de causer à voix basse avec M. le baron de la Périère.

Mais s'il ne se dérangea pas, il envoya du moins un signe protecteur et amical à la veuve, qui se dit:

—C'est bon, vieux gredin, fais tes manières! Si on peut te servir comme tu le mérites, n'aie pas d'inquiétude, ce sera de bon cœur!

—Nous pouvons causer ici librement, bonne madame, dit la marquise; vous savez l'épouvantable malheur qui est tombé sur ma maison; tout le monde dans ce salon m'est dévoué, tout le monde chérit la pauvre enfant qui est en haut.

—Dans son uniforme, répondit la veuve, la petite est encore bien heureuse d'avoir tant de puissants protecteurs.

—Elle s'exprime très bien, murmura M. de Saint-Louis, trouvez donc ailleurs qu'en France un pareil niveau intellectuel dans les rangs du peuple!

—Ah! fit la marquise, si ce peuple dont vous parlez si bien pouvait vous connaître et vous entendre!

Samuel, le maître de la maison, et M. Portai-Girard, le docteur en droit, approuvèrent du bonnet et se rapprochèrent du groupe, formé par le colonel causant avec M. de la Périère.

En les regardant s'éloigner, maman Léo pensait: