Elle ne broncha pas et fit la révérence en ajoutant:

—Comme de juste, je suis aussi toute au service de la compagnie. Voyons, usez de moi, que faut-il faire?

On entendit derrière le cercle la petite toux du bon vieux colonel et ceux qui le masquaient s'écartèrent aussitôt avec respect.

—Merci, mes amis, dit-il, j'aime à voir ceux à qui je parle, et vous me gêniez, car je n'ai plus ma voix de vingt ans. C'est moi qui ai eu la première idée de faire venir cette excellente Mme Samayoux, c'est moi, si vous le permettez, qui lui donnerai ses instructions.

Tous les hommes s'inclinèrent en silence, et la marquise dit dans la sincérité de sa foi:

—J'allais vous en prier, bon ami, car vous êtes notre meilleur conseil.

—Désormais, reprit le colonel Bozzo, il faut que les choses marchent vite, car la session des assises va s'ouvrir cette semaine. Pouvez-vous être à notre disposition toute la journée de demain, chère madame?

—Toute la journée de demain, répliqua la veuve, et toutes les autres journées, tant qu'on aura besoin de moi.

—C'est parfait, et nous trouverons bien moyen de vous témoigner notre reconnaissance sans blesser votre honorable fierté... Demain donc, à la première heure, vous vous rendrez au cabinet de M. le juge d'instruction, Perrin-Champein, qui est très matinal, et vous lui demanderez un permis pour voir le lieutenant Maurice Pagès, à la prison de la Force.

—Mais si le juge d'instruction me refuse...