Pendant cela, Mme veuve Samayoux, prenant à rebours le chemin qu'elle avait suivi pour arriver au pavillon, traversait de nouveau tout l'établissement du Dr Samuel.
Si elle n'avait pas su à qui elle avait affaire, elle aurait très certainement jugé M. le baron pour un des hommes les plus aimables du monde; celui-ci, en effet, employant un tout autre style que M. Constant, mais également communicatif, reprit en sous-œuvre le thème de reconnaissance et d'affection qu'on avait déjà développé au salon, et déclara très franchement que la dompteuse était une providence pour le groupe de parents et d'amis intéressés au bonheur de Valentine.
Nous devons avouer que M. le baron perdait un peu sa peine.
Maman Léo subissait avec énergie le contrecoup des émotions qu'elle venait d'éprouver.
Pendant qu'elle traversait les cours, blanches de neige, il y avait un mot qui tintait dans sa cervelle comme un son de cloche.
Tout son corps frémissait à la pensée de ces hommes en apparence semblables aux autres hommes, supérieurs même à la plupart des hommes que la dompteuse avait pu voir en sa vie, et qui étaient de vils, d'implacables assassins.
Elle avait été là au milieu d'eux, elle avait touché la main d'une créature humaine, désignée d'avance à leurs coups, car c'est ainsi qu'elle jugeait la position de Mme la marquise d'Ornans, elle avait laissé dans leur caverne une jeune fille qu'elle affectionnait tendrement.
Et elle savait que d'eux seuls dépendait le sort d'un jeune homme qu'elle aimait plus qu'une mère.
M. le baron pouvait causer et se rendre agréable, elle écoutait peu et son esprit s'efforçait laborieusement.
En passant devant la loge du concierge, elle y jeta un regard pour chercher ce Roblot dont la vue avait excité ses premiers soupçons lors de son arrivée.