La solitude la plus complète régnait dans la promenade de Chaillot et aux alentours. Les seuls bruits qu'on entendît dénonçant la vie de Paris venaient d'en bas, où de rares passants et quelques voitures suivaient le quai pour gagner la barrière de Passy ou en revenir.
Or, la route que maman Léo avait à prendre ne tournait point de ce côté, et quand le marchef s'ébranla, ce fut pour monter la rampe abrupte et déserte aboutissant au chemin qui allait d'une part à la rue de Chaillot, de l'autre à la barrière des Batailles.
Nous avons dit que maman Léo était la vaillance même, mais nous devons avouer qu'en ce moment sa première idée fut de dévaler la côte et de se sauver à toutes jambes.
Elle avait, pour le coup, véritablement peur, et la chair de poule passa comme un frisson sur tout son corps.
Coyatier était l'épouvantail qu'il fallait pour secouer cette nature sans nerfs, épaisse et solide comme du bois de chêne, parce que Coyatier était fait comme elle.
Les Habits Noirs, si redoutables qu'elle les vit dans les brouillards de sa pensée, menaçaient surtout son imagination; ils tuaient par la ruse et de loin; leurs mains blanches, qu'elle venait de voir, répugnaient à la besogne rouge.
Coyatier, au contraire, en fait de crime, était un manœuvre et travaillait de ses bras.
Les autres pouvaient passer pour les juges prononçant l'arrêt; Coyatier était le bourreau, Coyatier était le couteau.
Les jambes de maman Léo, pour la première fois de sa vie peut-être, flageolèrent franchement sous le poids de son robuste corps.
Quand le marchef eut monté une douzaine de pas, il se retourna, et voyant que la veuve restait immobile comme une borne, il dit: