—Il n'a rien deviné ce soir, répliqua-t-il, parce qu'il savait tout d'avance, et c'est ce qui vous sauve, mes bien bons. Il n'a pas plus de raison pour vous supprimer aujourd'hui qu'il n'en avait hier.
—Quand le diable y serait, s'écria Samuel en frappant du pied, c'est un cadavre ambulant, il n'a plus que le souffle!
—N'a-t-il plus que le souffle? murmura Lecoq. La première fois que je le vis, c'était en Corse, dans les souterrains du monastère de la Merci. Écoutez cette histoire-là, elle est drôle. Il y avait révolte, car il y a toujours eu révolte chez nous; on avait garrotté le Père, qui était déjà vieux comme Hérode, et les Maîtres jouaient aux cartes pour savoir qui le poignarderait. Le sort tomba au médecin, un habile homme, comme toi, Samuel, et le médecin dit:
—À quoi bon frapper un agonisant? Laissez-le garrotté sur sa paille et je vous garantis que demain matin, il n'y aura plus personne.
On le crut, et, par le fait, sa prédiction se réalisa: le lendemain matin, il n'y avait plus personne sur la paille. L'agonisant avait brisé ses liens et s'était échappé par le trou de la serrure.
Et pendant que les sept Maîtres étaient là, s'étonnant d'une aventure si bizarre, il y eut un grand fracas à la porte, quelque chose comme un feu de peloton.
Et les sept Maîtres ne s'étonnèrent plus, à moins qu'on ne s'étonne encore dans l'autre monde.
—On les avait assassinés! balbutia M. de Saint-Louis.
—Tous les sept! ajouta Samuel.
—Il y a juste trente-cinq ans de cela, reprit Lecoq; qui sait si dans trente-cinq autres années le Maître ne continuera pas d'agoniser? Qui vivra verra; je vous souhaite une bonne nuit.