Tous les rideaux tombaient droit, cachant l'intérieur de la buvette, excepté celui de la croisée qui se rapprochait le plus du coin de la maison et d'où il était possible d'apercevoir à la fois la porte basse de la rue du Roi-de-Sicile et la grande porte de la rue Pavée.
Là, derrière le rideau relevé en angle, on pouvait distinguer, à travers le carreau troublé, la tête pâle et triste d'un très jeune garçon, coiffé d'une casquette et guettant le dehors d'un regard attentif.
Ce jeune garçon avait le costume ordinaire des ouvriers parisiens, en semaine, mais sa figure délicate et d'une blancheur maladive contrastait avec la grosse toile du bourgeron gris qu'il portait par dessus la veste.
Il était, en vérité, trop beau; aussi le petit homme replet qui répondait au nom de Joseph Lheureux et qui gouvernait le Rendez-vous de la Force dit-il, en apportant le verre de vin chaud que l'adolescent avait demandé:
—Le travail ne vous a pas fait du tort à votre peau, jeune homme. Si nous avions encore des détenus politiques ici près, je saurais quel martel vous avez en tête. Il en venait assez de votre poil, dans le temps, qui avaient l'air, comme vous, d'avoir logé dans des boîtes où il y a du coton.
—Je sors de l'hôpital, répondit l'adolescent avec calme.
Sa voix était douce, mais grave.
Lheureux essuya le coin de la table et grommela:
—Tiens! c'est la voix d'un petit gars tout de même! L'adolescent ajouta en soutenant le regard curieux du cabaretier:
—Et j'ai bien peur d'être obligé d'y rentrer.