—Toujours cet homme! murmura Valentine. Sans lui, nous serions arrêtées à chaque pas!

—Et j'ai peine à croire, ajouta la dompteuse, que son idée soit de nous mener sur la bonne route.

La petite minute demandée par le concierge avait duré une grande demi-heure. Il revint enfin, accompagné d'un guichetier. Au lieu de la morgue importante qui semble collée comme un masque sur tous les visages administratifs, depuis le chef de division assis dans son bureau d'acajou jusqu'à l'homme de peine qui se donne le malin plaisir d'arroser les passants en même temps que la rue, le concierge avait arboré un air affable et presque bienveillant.

—Fâché de vous avoir fait attendre, dit-il, mais le peloton des corridors est long à dévider. Vous allez suivre M. Patrat, s'il vous plaît, madame et monsieur; moi je suis M. Ragon, et si vous vous en souveniez, vous pourriez témoigner au besoin que j'y ai mis, vis-à-vis de vous, tout l'empressement de la politesse, sans compter que je serai encore à votre service une autre fois.

—Monsieur Patrat, ajouta-t-il en se tournant vers le porte-clefs, vous allez conduire ces personnes à la cour des Mômes, escalier B, corridor Sainte-Madeleine, porte n° 5, et laisser le battant entrebâillé après avoir introduit, comme c'est nécessaire, surtout le prévenu ayant déjà été cause de la mise à pied d'un employé, mais vous y mettrez tous les égards, en gênant le moins possible les épanchements de l'amitié.

Le porte-clefs prit les devants, maman Léo et Valentine le suivirent, traversant d'abord la cour dite des Poules, qui était interdite aux détenus, parce qu'aucune barrière ne la séparait de la grande porte.

Après avoir passé sous la voûte du corps de logis principal, où les salons de Caumont étaient transformés en dortoir, le guichetier longea le cloître de la cour Sainte-Marie-l'Égyptienne, passa sous le petit hôtel portant alors le nom de Sainte-Anne, et aborda enfin la cour des Mômes, qui servait de promenade pour les détenus au secret, et en même temps de préau aux enfants après les heures des repas.

Un escalier tournant, étroit et voûté, menait au corridor Sainte-Madeleine, qui faisait partie de l'ancien hôtel de Brienne.

Le porte-clefs ouvrit la porte de la chambre marquée n° 5, et laissa le battant entrebâillé après avoir introduit la veuve et son compagnon.

Afin d'exécuter de son mieux les prescriptions à lui transmises par le concierge, et qui venaient évidemment de plus haut, au lieu de rester à la porte, il se promena de long en large dans le corridor.